Jeanne avait un frère, Jeacquie, de six ans plus âgé qu‘elle. Ils s'aimaient beaucoup même s'ils se chamaillaient souvent. Ils jouaient toujours ensemble se tenant par la main et par le cœur. Ils avaient les mêmes adversaires, les mêmes amis, les mêmes soucis, l‘un ne pouvait souffrir que l‘autre avait mal aussi.
Leur vie se déroulait frénétique. Ils s‘amusaient à faire de longues courses sur les pentes ensoleillées de leur village, ils admiraient le vol tourbillonant des papillons qui peuplaient l’air de leur danse fantasque… Ils aimaient capturer dans les champs en fleurs, les libellules les prenant par la queue, pour ensuite les liberer aussitôt.
Lorsque les journées étaient pluvieuses et que le temps se mettait au beau, ils allaient à la recherche des escargots que la chaleur faisait sortir des fentes des rocailles et des murs, que leur mère cuisinait à merveille…
Ils regardaient l’agitation fiévreuse des fourmis, les araignées aux longues pattes, les sauterelles bondissantes, ils fermaient les yeux pour écouter l’orchestre invisible, les rondes d’insectes tournant avec frénésie, ils découvraient le monde.
Mais un jour, ce fut en courant joyeusement dans un pâturage, que Jeanne ne vit la crotte d’une vache, elle dérapa et y tomba dedans. Ce fut une vrai tragédie; elle était toute vêtue de blanc, car elle aimait le blanc. Elle n’arrivait plus à s’en sortir, elle glissait et s’enlisait au plus elle se démenait. Ce fut son frère qui lui prit la main et la tira hors de peine.
Sauvée, elle pleura quand même. Arrivée chez-elle encore en larmes, non seulement elle reçut une belle raclée, mais elle sentait si mauvais, que l’odeur lui resta sous le nez pendant plusieurs heures si ce n‘est pendant bien des jours…
Son frère Jeacquie riait de bon cœur lorsqu’il racontait sa mésaventure qui devint une blague humoristique aux yeux de tous ses camarades.